Quatre ans auparavant le natif du Bronx avait déjà enregistré un album ("Give 'Em the Finger" - Giant / 9 24498-2) sous le pseudoPudgee tha Phat Bastard. Ce sera son seul opus grand format. Ici c'est sous le nom raccourci de Pudgee qu'il sort cet EP 4-titres. Les deux productions sont très mal connues des hip-hop headers. Cependant, il est à noter que cet EP confidentiel (auto-prod) a été en partie produit par Nick Wiz ; ce dernier avait travaillé avec les Cella Dwellas et avait proposé trois volets de ses "Cellar Sounds" dans lesquels on retrouve une multitude d'artistes qu'il a produit.
Le son fluctue entre un boom bap des familles, des touches rhythm & blues ("Die for a Cause") ainsi que des moments jazzy, comme sur la piste finale "Kill You", qui est, au passage, le morceau qui surnage de l'ensemble. Un EP 4-titres que je recommande aux fans de hip-hop de la Côte Est des années 90.
A1 Angel Dust 4:34 A2 Stayin' Alive 3:40 B1 Die for a Cause 3:21 B2 Kill You 3:39
Oui j'avoue, ce premier album de Asocial Club
m'a impressionné. Du très bon rap français en 2014 faut creuser, et pas
qu'un peu. D'ailleurs c'est le titre de la dernière chanson et
probablement l'une des toutes meilleures sans aucun problème. La scène
hexagonale se voit depuis quelques années appauvrie par le rap
commercial avec des "artistes" qui vendraient leur cul pour passer dans
une émission tévé. Je doute fortement que ce groupe parisien vende le
leur. Vise un peu "99%" et ses lyrics au
vitriole. Le quintet nous gratifie d'un opus à la production racée et
foutrement variée d'un morceau à l'autre. Mais c'est surtout les paroles
sombres qui retiennent mon attention ("Toute entrée est définitive", "Ce soir, je brûlerai...", "J'ai essayé"). Le groupe dépeint sa vie et ce, à la peinture très noire. La pochette est explicite et nous met sur la voie.
Loin des considérations fumeuses de rappeurs à la petite semaine, Asocial Club
a a contrario quelque chose à dire. Les mots sont graves, les constats
amers, la colère ardente et la haine palpable. Le projet est dense même
si l'on a l'impression d'avoir déjà entendu ça des dizaines de fois. Ce
qui fait mouche c'est la sincérité affichée pour dépeindre ce théâtre
obscur et dystopique de la vie réelle. Maussades
comme un automne pluvieux, misanthropes et en marge comme le nom du
groupe, nerveux dans leurs plumes et leurs flows, les 5 rappeurs
délivrent une performance aussi vive que cinglante envers les "wack
MC's", les médias et les patrons.
Avec et dans ce disque, on rase les
murs de rues mal éclairées. Pessimiste, cafardeux et plombé, cet album
est singulièrement et terriblement noir.
"Je trouve le monde suffisamment laid, j'préfère ne pas avoir des yeux dans le dos." et "Je suis mauvais grimpeur, l'avenir est montagneux." - extraits de Creuser.
Grosse sensation.
1 Intro 2 La putain d'ta mère 3 99% 4 Ghetto Music 5 Anticlubbing 6 Mes doutes 7 J'ai essayé 8 L'hiver est long 9 Toute entrée est définitive 10 Ce soir, je brûlerai 11 Je hante ma ville 12 Creuser
"Written on these pages is the ageless, wisdom of the sages. Ignorance is contagious."
The Sun Rises in the East a la particularité d'être le premier album entièrement produit par DJ Premier
hors des bases de Gang Starr. Qu'on se le dise, c'est un putain
d'événement dans le hip-hop. Tout le monde rêve (que ce soit en cette
année sainte 1994 ou maintenant) d'avoir ne serait-ce qu'un seul morceau
dont Preemo serait le prod. Ici c'est TOUTE la galette qui l'est alors
autant vous dire que ça envoie du gros bois. Jeru the Damaja a fait sa première apparition vinylique avec Gang Starr sur le très bon Daily Operation ("I'm the Man") deux ans auparavant, ainsi que sur Hard to Earn ("Speak Ya Clout")
quelques semaines avant le présent album. Flairant les qualités
indéniables du jeune rappeur de Brooklyn, DJ Premier n'hésite pas à le
prendre sous son aile. Je doute qu'il y ait mieux pour débuter une
carrière que d'avoir le luxe et le privilège de s'octroyer les services
d'un tel dabe. The Sun Rises in the East est un opus assez spécial. Primo, l'atmosphère. Elle oscille constamment dans un entre-deux. La rudesse de la constatation de The Infamous, l'esprit frondeur et hardcore de Illmatic, les lyrics dignes de Ironman et le flow ravageur qui serait un savant mélange de The Low End Theory et Liquid Swords.
Vous visez ce que je veux dire là ? On navigue dans un océan de
diamants quand on associe tous ces albums magiques. Mais imaginez donc
un LP 10-tracks (en excluant les skits) où toutes ces influences sont
réunies. En fait ce qui fait la force majeure de cette release c'est
qu'il n'y a - paradoxalement - aucun morceau catchy qui ne prévaut sur
les autres. Certes "You Can't Stop the Prophet" et "My Mind Spray"
sont deux tueries mais il n'empêche qu'ils n'étouffent absolument pas
les 8 autres titres. C'est un ensemble hyper cohérent où le but n'étant
pas de faire du gringue ni flatter les masses. Car oui, je trouve qu'il
n'est pas super facile d'accès ce The Sun Rises... à la première écoute; dans ses beats mais surtout dans ses paroles.
Métaphysiques
("D. Original"), allégoriques ("You Can't Stop the Prophet"),
introspectives ("Ain't the Devil Happy") avec une recherche de la
connaissance de soi versus l'ignorance spirituelle, traitant même dans "Da Bitchez" des femmes fades et sans classes. Celles qui ne cherchent que la dorure, le vison, les diamants, les grosses bagnoles, etc.
Ainsi
beaucoup de sujets sont passés au crible. On a ici affaire à une œuvre
quasi philosophique d'un jeune homme de 22 piges dont le phrasé naturel
va de paire avec une production racée. Cette association entre Jeru et
Preemo fait date à plus d'un titre.
So when I'm in your neighborhood, you better duck Coz Ice Cube is crazy as fuck As I leave, believe I'm stompin but when I come back, boy, I'm comin straight outta Compton
Après des débuts en dent de scie, voilà que NWA
sort (enfin) un vrai album. J'entends sans des trublions de potos qui
viennent lâcher quelques rimes pour faire genre. Ici on rentre dans le
vif du sujet de la thug life. Un premier morceau
éponyme qui nous met d'emblée en frontal avec l'esprit de Compton dont
les gonzes sont quasiment tous issus. Dans Straight Outta Compton
c'est l'heure de la révélation de tous les membres. Ice Cube comme le
songwriter, Dr. Dre et Yella à la prod, Eazy-E dans l'attitude du
gangsta man qui tient les rênes et MC Ren dans le débit des rimes
incendiaires. Une équipe où chacun a presque un rôle bien défini.
On
a affaire à une face A excellente délimitant un halo de lumière sur ce
qui peut être considéré comme trois des plus gros morceaux de gangsta
rap jamais écrits et sortis. Ce qui est certain c'est que NWA ne fait
pas semblant. Au début de "Straight Outta Compton",
l'auditeur est informé que "vous êtes sur le point d'être les témoins
de la puissance de la culture de rue". Sous-entendu ses codes, sa
violence, ses flics, ses meurtres, ses deals. S'en suit un "Fuck tha
Police" qui ne laisse planer aucun doute sur l'amitié qui lie la bande à
Eazy-E au département de police de Los Angeles. Mais c'est sur un ton à
la fois dur et ironique que la chanson est basée :
"Right about now NWA court is in full effect. Judge Dre presiding in the case of NWA versus the police department. Prosecuting attorneys are MC Ren, Ice Cube and Eazy muthafuckin E. Order order order. Ice Cube take the muthafuckin stand. Do you swear to tell the truth, the whole truth and nothin but the truth, so help your black ass?"
Ouais, NWA se fout de la gueule à la fois des flics et de la justice. Une pierre, deux coups. Et de rajouter plus loin: "Make ya think I'ma kick your ass But drop your gat, and Ren's gonna blast I'm sneaky as fuck when it comes to crime But I'ma smoke 'em now, and not next time" [...] "Without a gun and a badge, what do ya got? A sucka in a uniform waitin to get shot, By me, or another nigga. and with a gat it don't matter if he's smarter or bigger"
Et
sbim deux autres salves. Ils règlent leurs comptes dans une parodie de
justice où les membres de NWA jouent chacun un rôle au tribunal. Les
"fuck tha police" sont émis non pas de façon directe, mais comme un
"qu'avez-vous dit à ce moment-là dans la rue quand les flics vous ont
arrêté". Ainsi il est plus question d'un témoignage que d'un texte brut.
Malin.
Bref voilà un exemple à travers ce morceau. Une façon intelligente de
contourner l'affrontement direct dans une chanson. Ce qui n'est pas le
cas de "Gangsta Gangsta" où ils reviennent aux affaires courantes de la rue.
Toutefois le titre le plus marquant sur cette galette demeure "Express Yourself",
ou "comment NWA n'en a rien à carrer qu'on les aime ou non".
"Exprime-toi" avec tes mots et tout ce que t'as à dire sans vouloir
brosser le chien dans le sens du poil ("Others say
rhymes that fail to be original / Or they kill where the hiphop starts /
Forget about the ghetto / And rap for the pop charts.")
Ouep en
1988, ouep en 2015. Combien de rappeurs à la petite semaine chantent ce
qu'on a envie d'entendre ? Combien disent blanc alors qu'en backstage
ils disent noir ? ("Some musicians curse at home /
But scared to use profanity when up on the microphone / Yeah, they want
reality but you won't hear none / They rather exaggerate, a little
fiction / Some say no to drugs and take a stand, but after the show they
go lookin' for the dopeman / Or they ban my group from the radio. Hear
NWA and say "Hell no!".)
On peut leur reprocher ce qu'on
veut, perso je préfère mille fois un groupe qui a des couilles plutôt
qu'un musicos qui a peur de proférer des obscénités ("scared to use profanity when up on the microphone")
de peur d'être censuré ou pire, pas aimé du public. Le truc c'est que
ce n'est pas tout de balancer la sauce, autant faut-il y mettre les bons
dosages. Question d'équilibre. NWA est un combo rude avec des phrases
rudes elles aussi, mais parler de la rue, faire une espèce de sociologie
de la hood/thug life, c'est parfois devoir mettre les petits plats dans les grands. On a rarement vu un poisson pondre une tortue.
Pour conclure.
La
deuxième partie ; à savoir sa face B est quelque peu décevante au
regard de la A. Certes c'est relatif mais on sent comme un essoufflement
de-ci de-là (sur "Compton's n the House (Remix)" et "I Ain't tha 1"),
des morceaux qui ne sont pas à la hauteur de l'excellence du début de
l'album. Alors fatalement, je me dis que c'est rageant car ça amoindrit
la qualité générale de SOC.
Un opus majeur (because 1988) car
personne ou très peu s'étaient aventurés sur un terrain miné comme
celui-là, un opus majeur du fait de la présence de trois bombes (les 3
premiers titres) et un opus majeur où l'on retrouvera pour la dernière
fois réunis Ice Cube, Dr. Dre et Eazy-E avant le clash. C'est pas rien
n'empêche.
Pièce historique du hip-hop.
Faut pas déconner quand même.
A1Straight Outta Compton 4:18 A2____ tha Police 5:46 A3Gangsta Gangsta 5:36 A4If It Ain't Ruff 3:34 A5Parental Discretion Iz Advised 5:15 B1Express Yourself 4:25 B2Compton's n the House (Remix) 5:20 B3I Ain't tha 1 4:54 B4Dopeman (Remix) 5:20 B5Quiet on tha Set 3:59 Label: Ruthless / SL-57102
'Cuz the boyz in the hood are alwayz hard Come talkin' that trash and we'll pull your card Knowin' nothin' in life but to be legit Don't quote me boy, cuz I ain't said shit
C'est à travers une pochette en haute teneur en oldschoolitude que les N.W.A. s'associent avec leurs copains de la rue. This is the Boyz-N-The Hood.
Ce concept-album réunit donc la mouture de NWA (Eazy-E, Ice Cube, Dr.
Dre) et des apparitions disons, très aléatoires et improbables. S'il n'y
a aucun doute que Eazy-E
et ses comparses de Niggaz Wit Attitudes surnagent ici, il n'en va pas
de même pour les octrois de places [j'y reviendrai] dans cet opus devenu
un collector. Les deux premières pistes sont LES moments-phares.
"Boyz-N-The Hood" est très probablement un des meilleurs morceaux de
hip-hop écrits et composés au milieu des eighties. C'est à Ice Cube que revient les lyrics de cette comète. Visez les paroles, c'est du storytelling des familles dont Slick Rick peut également se targuer.
Alors
voilà commencer une galette en ayant chopé la fève dès la première
bouchée, ça fout les nerfs. Y a plus de challenge. Et, malgré un
"8-Ball" (toujours écrit par Ice Cube) qui tient bien la route même en
pneus slick, le restant n'est pas folichon, voire carrément mauvais. Le
"Scream" de Rappinstine en est l'exemple n°1.
A décharge pour NWA,
cette production est un espèce de test, un essai pas transformé. Mais
bon c'est en essayant qu'on peut savoir si on se trompe ou pas. Et
d'ailleurs leur "vrai" premier album (et sommet du genre) Straight Outta Compton arrivera dans les bacs moins d'un an après ce tour de piste. Les pendules seront remises à l'heure de Compton à ce moment-là.
Pour
l'heure, on a affaire à du matériel en rodage, que ce soit dans les
compos que dans la technique des protagonistes. Faut quand même pas
oublier que Eazy-E a 23 ans, Dr. Dre 22 et Ice Cube 18. C'est aussi pour
cette raison que mon propos est mesuré car la folle équipe (qui se
tirera les cheveux par la suite) joue dans une cour encore amateuriste
en 1986/87. La signature sur le petit local Macola en est aussi la
preuve. Le label Ruthless de Eazy-E prendra le relai très rapidement. Explicit content oblige pour s'autogérer.
Même
si cet album/compilation est très disparate, il contient néanmoins des
actes fondateurs, que ce soit pour NWA ou ses membres à part entière.
Tout est parti de là. Where it all began comme on dit là-bas.