lundi 11 mai 2015

Jaz-O & The Immobilarie - Kingz Kounty (2002) (Brooklyn, NY.)

Les rois du comté, pas cheesy pourtant.

 Un album totalement passé inaperçu dans le monde du hip-hop au début du siècle. Faut dire que le duo n'a pas de fait d'arme hormis deux ou trois trucs de-ci de-là.
Perso c'est à travers le Signature Sounds de DJ Premier que j'ai fait la connaissance des deux gonzes Jaz-O et Immobilarie via "Love is gone" qu'on retrouve ici. La signature sonore du DJ est presque évidente quand on connaît un minimum son boulot. Il signe également à la prod le premier morceau "718".
L'album est long et qui plus est sans skit ni interlude. Alors c'est un peu à quitte ou double cette histoire quand on a un long courrier comme ça d'un trait. Faut vraiment que le contenu soit à la hauteur car on a vite fait de s'ennuyer. Moi oui. Toutefois avec ce Kingz Kounty, point de titres faibles non plus de remplissage. Y a bien "I Know What You Like" et "Diaries" qui sont en-deçà du reste mais l'ensemble est vachement plaisant. Alors évidemment "Love Is Gone" me semble surnager avec ces beats Preemo-esques qui ne dépareilleraient d'aucune manière sur un album de Gang Starr, époque Hard to Earn surtout. Les fameuses mid-90s. L'autre grosse satisfaction vient de la piste "Deadly" qui claque comme une song de Canibus sur Rip the Jacker. Le genre épique quoi.
Outre Preemo, une autre figure s'adonne à un featuring ; Jay-Z sur "Let's Go". Une chanson assez étonnante avec des violons. En l'entendant je me suis dit "oh c'est cool on dirait de la musique celtique". Les autres invités de marque sont les deux barrés de M.O.P sur "Pledge Allegiance". Là on n'est plus dans le monde celtique mais dans le hardcore pur et dur. Ça tabasse, rien de plus.
Sur la piste 12 "Slut", un nom que les amateurs de rap connaissent. Une des figures des racines du genre ; mister Grandmaster Caz. Un des instigateurs des B-Boys dans le Bronx au début des années 80. Pas le dernier des inconnus quoi. Il amène sa patte en feat dans ce morceau à l'ambiance hip-hop/RnB qui me fait penser à "Mrs. Fat Booty" de Mos Def. Enfin l'ultime piste "BQE" où Mr. Cheeks des Lost Boyz donne la touche finale dans cette bonus track qui clôt la galette de fort belle manière. Boom bap, boom bap.

1 718 4:03
2 Jinkin 3:44
3 This Be Him 3:39
4 Let's Go! 4:00
5 I Do 3:36
6 Never Forget You 3:51
7 Take Me Papi 4:00
8 All in the Game 4:32
9 The Best 4:06
10 Live It Up! 4:34
11 I Know What You Like 3:53
12 Slut 4:01
13 Love Is Gone 4:06
14 Diaries 4:13
15 Heron & Crack (Just Say No) 5:36
16 Deadly 4:19
17 Pledge Allegiance 4:04
18 Enemy Lines 4:36
19 B.Q.E. [bonus track] 3:49

Label: Rancore Records 6412332


Pete Rock & C.L. Smooth - Rare Tracks (1998) [Compilation, remixes] (Mount Vernon, NY.)

En seulement trois ans Pete Rock & C.L. Smooth auront laissé au hip-hop une empreinte indélébile marquée par 1 EP et 2 albums incroyables. Tout comme Gang Starr, le duo se voit équipé d'un DJ/producteur/remixer et d'un rappeur first class qui les font passer pour les deux meilleurs duos dans l'histoire du hip-hop.
Alors que C.L. Smooth connaîtra des fortunes diverses, on ne peut pas dire la même chose de Pete Rock qui, de son côté, s'associera entre autres avec son frangin Grap Luva pour former le météorique InI juste après le split d'avec son compère ici, mais aussi et surtout sera producteur sur une kyrielle d'albums (Nas, Ghostface Killah, Slum Village, AZ et j'en passe beaucoup). La platine et la console Akai MPC sont ses amies. Et là sbim transition.

Les 10 morceaux présents ici ne sont pas de simples titres qu'on retrouve sur leurs albums mais comme indiqué des remix par Pete Rock himself évidemment. En plus d'être une compilation qui regroupe tous les gros tubes du duo, ceux-ci se voient affublés d'un retravail total en studio avec l'apport de beats très orientés jazzy (la marque de fabrique de Pete Rock en somme). Je serais tenté de dire que cette mosaïque est quasiment un album à part entière quand on voit le décalage qu'il y a entre les morceaux originaux et les remix de ces derniers. Du nouveau matériel qui n'altère en rien le précédent mais qui plus est lui donne un autre élan, une autre perspective. En fait, on pourrait même dire que ce sont des alternate takes tant la forme et la durée des chansons sont dans un registre nouveau et étendu.

Au final, c'est une compil essentielle dont on a affaire.
Les talents de Pete Rock sont une nouvelle fois mis en avant. 

1 Searching (Remix) 4:50
2 Take You There (Remix) 4:56
3 Lots of Lovin' (Remix) 6:00
4 I Got a Love (Remix) 5:01
5 It's Not a Game (Vocal) 4:23
6 Mecca & the Soul Brother (Wig Out Mix) 6:41
7 Creator (EP Mix - Vocal) 4:44
8 Straighten It Out (Vocal Remix) 4:18
9 They Reminisce Over You (T.R.O.Y.) (Vibes Mix) 4:54
10 Get on the Mic (Remix) 4:05

Label: EastWest / AMCY-2961

Oxmo Puccino - L'amour est mort (2001) (Paris, FR.)

Plutôt pop que hip-hop

C'est dingue comme en trois années, un artiste peut passer d'un album frisant l'insolente perfection à un second opus frisant quant à lui l'indélicate platitude des rappeurs de seconde zone.
Explications.

Oxmo Puccino est ce que je nomme un "poète hardcore". Mêlant anecdotes, faits divers et histoires personnelles dans ses chansons, il incarne à la fin du siècle dernier le rappeur à la voix de velours dans un corps de colosse. A la fois déliés et empreints de conscience, nombreux sont ses textes à marier la riche rime aux métaphores de la vie quotidienne. Son premier album Opéra Puccino en est le parfait exemple dans le monde du rap français. (je pense même le placer - cet album - parmi les tous meilleurs dans l'Hexagone). Cependant, début du XXIè siècle - il sort une deuxième production qui est loin d'établir le même constat. Très loin même. Alors que Opéra Puccino nous faisait étalage de tout son talent pendant 70 minutes en se disant même qu'il aurait pu continuer pendant une demi-heure, ici les 75 minutes paraissent une éternité. J'en reviens au début de cette critique en affirmant que c'est fou comme d'un album à l'autre les mouches ont changé d'âne. A tous les niveaux d'ailleurs. 
D'abord la production. Pouah qu'est-ce que c'est fade. Mis à part les deux petits bijoux que sont "Boule de neige 2001" et "J'ai mal au mic" (dans le fond et la forme), le reste est soit moyen soit pas bon du tout. Je ne parle pas de "Fais-le pour moi" qui est très probablement le pire morceau que Oxmo ait pu enregistrer. Donc la prod est d'une fadeur innommable. Les beats sont d'un commun, le flow est plat lui aussi. On a affaire à une suite de chansons, posées là comme une rosée en diverses saisons. Sans but, sans raison. 
Deuxio, les paroles. L'émotion dans le verbe a disparu des tablettes. Un manque d'inspiration dès le deuxième album ? j'en doute car il reviendra plus tard avec des bons textes. Mais il s'associe avec les mauvaises personnes surtout. Les quelques featurings ne cassent pas trois pattes à un canard. Pis, ils cassent parfois les coui****. Il y a comme un sentiment d'épidémie du bas-étage dans L'amour est mort. Alors qu'il est censé être un clin d’œil à Jacques Brel, il donne plutôt la sensation d'être un hommage au mauvais goût ainsi qu'à un ensemble hétéroclite qui ne va nulle part. 1h15 c'est foutrement long quand c'est pas bon. A vrai dire on ne sait où se poser car il y a vraiment trop de morceaux moyens.  
Tertio, on ne sent pas Oxmo concerné par ce qu'il chante. Comme s'il répétait mécaniquement des textes, déclamés la plupart du temps sans âme, sans substance, sans envie. Paradoxal puisque les thèmes abordés devraient nécessiter un minimum d'engagement et d'attaque vocale. Alors que sur son précédent opus, les beats claquaient fort, donnant le tempo et l'empreinte au disque. A contrario ici le ton est linéaire et donne rarement satisfaction. En gros ça ne décolle jamais.

Perso c'est une déception car deux pistes ne peuvent sauver un ensemble qui ne s'engage pas et se cantonne à rester aux frontières d'un rap mellow.

Alors l'amour est mort au moins pour cet album.
 

1 Je vous l'ai dit 0:24
2 Quand j'arrive... 4:01
3 Demain peut-être 4:24
4 La valse de Jéricho 0:44
5 Le tango des belles dames 3:50
6 J'ai mal au mic 3:16
7 Boule de neige 2001 4:00
8 Le laid 2:54
9 Décembre 19.97 +1 1:08
10 Ghettos du monde 3:48
11 Nuit de stress 0:49
12 S'13-6.35 4:45
13 Premier suicide 4:37
14 Fais-le pour moi 4:07
15 A ton enterrement 5:02
16 Souvenirs 4:08
17 Mine de cristal 4:50
18 Balance la sauce 4:18
19 Guérilla 1:29
20 Antidiplomate 4:15
21 Les raisons du crime 4:05
22 L'amour est mort 2:59

Label: Delabel / 7243 8 50520 2 6


Oxmo Puccino - Opéra Puccino (1998) (Paris, FR.)

1998, 18 titres, 68 minutes. L'Opéra du Grand 8 !

Dans le paysage rap français, on aime à citer les IAM, Suprême NTM, MC Solaar comme les parangons d'une culture hip-hop riche. Mais Oxmo Puccino a son mot à dire sur cet échiquier prolifique. Les uns viennent de Marseille, les seconds de la capitale, les deux derniers sont des enfants d'immigrés africains venus s'établir dans la métropole dans les années 70. Et tous quatre nous ont abreuvé d'albums qui resteront dans les annales de la discipline comme des milestones indéfectibles.
Et Opéra Puccino est de ceux-là. Sans l'ombre d'un doute. Il est même selon moi plus qu'une pierre angulaire du rap français ; il outrepasse tout ce qui a pu se faire avant et après. Car Oxmo a à la fois une voix particulière mais une rime dissonante comme le faisait Renaud au début des années 80. Parfois il joue avec les mots en les faisant rimer, et à d'autres moments ils fournit une texture syntaxique beaucoup plus aléatoire (volontaire). Ainsi, l'écouter débiter ses textes, c'est faire face à de l'inattendu dans le domaine. Car hormis MC Solaar qui fit don de ses talents dès son premier album en 1991, je ne vois pas un autre artiste dans le rap français qui ait aussi bien manié la langue, les mots et les thèmes abordés.
Cet album est empli de tristesse, de gravité de ton, de prise(s) de conscience. Je dirais même qu'elles sont l'estampille de l'opus. Un peu plus d'une heure pendant laquelle l'auditeur est face à des vérités, des biographies, des mises en exergue constantes. En somme on ne rigole pas, on ne blague pas. C'est du rap conscient ? oui complètement, ainsi que des mélodies et des textes qui frisent le sublime ("L'enfant seul", "Qui peut le nier !")
Pis, ce sont des paroles qui vont au-delà du rap, au-delà des frontières d'un genre, d'un style musical. Textes déclamés pour la plupart, parfois à la limite de l'a capella, Oxmo Puccino montre dès son premier essai toute l'étendue de ses qualités d'auteur et interprète. (il le prouvera encore avec The JazzBastards en 2006) Et même si "Mensongeur" ne gravite pas dans le même registre que le reste de la galette, n'en demeure pas moins qu'il est un titre qui donne la bougeotte, me rappelant à ma bonne mémoire des dancefloors quand j'étais au lycée en 1998. 

Au sortir de Opéra Puccino, votre cerveau et vos oreilles se rappelleront des mélodies et paroles tissées au fil de soie, au débit à la fois lissé et accrocheur, tendre et sauvage tel le chat qui se couche pour mieux sauter à la gorge du chétif moineau.
Vous, moi, tout le monde est le moineau.
J'ai pris ma dose. Je peux aller me coucher. Apaisé et conscient.

1 Visions de vie 4:53
2 Black Mafioso (Interlude) 1:56
3 Hitman 4:16
4 Qui peut le nier ! 4:14
5 Peur noire 2:57
6 L'enfant seul 4:10
7 Alias Jon Smoke 3:22
8 Peu de gens le savent (Interlude) 3:59
9 Amour & Jalousie 3:38
10 24 heures à vivre 3:57
11 Sacré samedi soir 4:16
12 Le jour où tu partiras 4:30
13 Sortilège 3:16
14 Black Cyrano de Bergerac (Interlude) 1:30
15 Mensongeur 4:17
16 La lettre (Tant de choses à dire) 3:48
17 La loi du point final 3:32
18 Mourir 1000 fois 5:08

Label: Delabel / 7243 8 43786 2 6


Gang Starr - The Ownerz (2003) (Boston, MA.)

Gang Starrz skillz, once again

 Avec Gang Starr, je pensais que l'histoire avait été réglée en 1998 avec Moment of Truth mais ce dernier album a dépassé - et de loin - mes espérances. J'avais jeté une oreille plus ou moins distraite sur deux morceaux ("Zonin" et le feat avec Snoop Dogg "In This Life"), mais en aucun cas je ne m'attendais à ce que TOUT l'album soit d'un tel niveau. D'abord, une note générale bonne sans être exceptionnelle ne m'avait pas interpellé outre mesure, et puis en ayant côtoyé le reste de la discographie du duo, je me disais in petto que le meilleur était derrière eux. Eh bien mes noix ! choc collatéral de premier ordre pour ma gueule. 
16 réelles pistes - en enlevant les skits et interludes - dont seule "Nice Girl, Wrong Place" est en-dessous des autres. Pas mauvaise mais c'est pas du Gang Starr. Sinon le reste ? pouah mes aïeux y a du strong à tous les étages. On ne saurait où donner de la tête tant les bons morceaux pullulent dans cet ultime album des Bostoniens. On rentre de suite dans le vif du sujet avec un titre bien senti ("Put Up or Shut Up") qui lance les hostilités en frontal. Ça sent bon tout ça. Parfois les groupes te foutent de la poudre aux yeux au début et après le soufflet redescend très vite à la hauteur de tes attentes. Mais ici que dalle mon pote. Ça enchaîne, ça déchaîne, ça feature et ça bouscule. On est dans du hardcore light, car faut pas oublier que la force de Gang Starr c'est de proposer une zik qui allie les gros beats qui claquent à des lyrics soyeuses. On fait dans la dentelle en n'oubliant pas de faire passer un message. Voilà le délire. Mais ici - et je trouve qu'ils ont fait fort - Guru et DJ Premier ont su marier leurs forces avec celles de quelques rappeurs sur près de la moitié des titres sans dénaturer leur musique et, a contrario, lui donner un autre élan. Risqué comme pari car les deux compères ont montré par le passé qu'ils pouvaient aisément se suffire à eux-mêmes. L'exemple le plus criant se trouve sur "Who Got Gunz". Pas le morceau le plus délicat qui soit mais celui qui témoigne le mieux d'une collaboration dans le groupe. A moindre mesure "In This Life..." a lui aussi un faire-valoir à exprimer. Ainsi les featurings se mélangent sans sourciller aux autres pistes dans lesquelles Guru est seul au mic. Et ça passe comme une lettre à la poste jusqu'à la fin. "Zonin", "Skillz", "Peace of Mine" et "PLAYTAWIN" sont les quatre pièces-maîtresses de la galette hors featuring.
Contrairement à ce que j'ai pu lire ici et là, l'album ne souffre d'aucune faiblesse par rapport à leurs précédents opus. C'est étrange que je puisse dire ça, moi l'amoureux des années 90 dans le domaine, mais oui cet album est puissant. DJ Premier a encore frappé à la console, a chopé et mixé des samples de salopard, fait un boulot de dingue à la prod comme à son habitude ; à savoir de l’orfèvrerie, donnant à son pote Keith encore la possibilité d'exprimer ses talents d'emcee. D'ailleurs Guru n'est pas le plus impressionnant techniquement derrière un micro, mais foutredieu c'est l'un des rares à savoir utiliser sa voix à bon escient. Du feeling les mecs, de la présence et un flow quasi unique. Ah ce "Peace of Mine" ...

Déjà que j'estime ce duo comme le meilleur de tous les temps dans le hip-hop, là c'est encore plus ancré dans ma tête après avoir écouté The Ownerz. Gang Starr est et restera à jamais comme the best duet ever.
Rideau tiré.
R.I.P. Guru.

1 Intro (HQ, Goo, Panch) 0:47
2 Put Up or Shut Up 3:16
3 Werdz From the Ghetto Child 1:11
4 Sabotage 2:25
5 Rite Where U Stand 3:39 
6 Skillz 3:20
7 Deadly Habitz 4:15
8 Nice Girl, Wrong Place 3:33
9 Peace of Mine 3:03
10 Who Got Gunz 3:36
11 Capture (Militia Pt. 3) 3:23
12 PLAYTAWIN 3:12
13 Riot Akt 4:04
14 (Hiney) 1:32
15 Same Team, No Games 3:45
16 In This Life... 3:06
17 The Ownerz 2:58
18 Zonin' 2:55
19 Eulogy 2:55

Label: Virgin / 7234 5 80247 0 8